La Camocruse au XVIIIe

La Camocruse 2ème partie

Pour reprendre le fil de l’enquête là où nous l’avions laissée, précisément en 1793, parmi les trente huit cas, dont vingt-sept avérés, recensés par l’enquêteur, nous avons choisi de suivre tout simplement l’ordre chronologique.

Le 18 septembre 1838, c’est une ferme isolée, près de Tartas, dans les Landes, qui est le théâtre d’un véritable massacre, perpétré par un auteur invisible. Dans une chambre close, les quatre enfants, deux filles et deux garçons, âgés de trois à onze ans ,sont retrouvés morts, au petit matin.

Un moment soupçonné d’empoisonnement, le couple de paysans est rapidement mis hors de cause, car l’autopsie pratiquée par un chirurgien compétent ne décèle aucune trace de poison, ni aucune altération des viscères. Toutefois, les signes cliniques sont bien là, qui marquent la signature de l’assassin: lèvres décolorées , langue bleue, etc…

La marque sur la poitrine, en forme de patte griffue, semblant rien moins que surnaturelle, fut rapidement dénommée  » marque du diable ». L’affaire eut un retentissement suffisant pour que fût ordonnée par Monseigneur Voisin une cérémonie d’exorcisme de la maison.

Fut elle efficace ? On peut en douter, car,le père  bientôt retrouvé pendu dans la grange,  sa veuve ne lui survécut que quelques mois. À demi folle, elle mourut, dit-on, de chagrin.

À nouveau un petit saut dans le temps pour retrouver en 1865 un cas similaire près de Mauvesin, dans le Gers. C’est encore une fois une ferme isolée, un nourrisson et … un chien qui sont victimes de l’agresseur invisible. Toutefois pas si invisible que ça, car il y a cette fois le témoignage d’une fillette de sept ou huit ans (selon les versions ), la sœur du bébé décédé. Elle affirme que, réveillée un peu avant l’aube, elle attendait le lever prochain de ses parents, lorsqu’elle a vu pénétrer par le trou de la serrure quelque chose de fin et légèrement lumineux, qui s’est mis à grossir et à se concentrer en un « joli nuage bleu » qui est allé se poser sur le nouveau né.

Nonobstant le fait que la fillette ait pris cela pour une manifestation de la Vierge Marie et se soit mise à prier à haute voix, (ce qui l’a vraisemblablement sauvée, par l’intervention rapide des parents), ce témoignage est fort intéressant, car il est le premier que l’on puisse considérer comme provenant d’une rescapée.

Quant au chien, il gisait devant  la porte de la maison et était vraisemblablement décédé sans pouvoir donner l’alerte.

Notre enquêteur a bien relevé deux autres cas avant la fin du 19ème siècle, mais ils n’apportent aucun élément particulier qui n’ait déjà été évoqué dans les affaires précédentes.

L’affaire suivante, par contre, ne manque pas d’intérêt, car,outre le nombre record de victimes et la présence de témoins adultes, elle se situe pour la première fois (selon notre enquêteur ) hors des frontières de l’hexagone:

Le 17 février 1905 ,à quelques kilomètres de Pampelune, lorsque le soleil se lève sur le petit orphelinat de Nostra Señora de las Angustias, il y règne un silence inhabituel. Un silence de mort serait le terme le plus approprié. En effet, durant la nuit, les onze enfants dont le plus âgé avait moins de dix ans, sont passés de vie à trépas.

S’ensuit une enquête bâclée, qui conclut à une intoxication alimentaire, des victuailles à la fraîcheur douteuse ayant été offertes la veille par des fidèles d’une paroisse voisine. Pour des raisons économiques, on n’était à cette époque pas très regardant, tout comme on ne le fut pas pour les causes du décès. L’affaire fut donc enterrée en même temps que les enfants. Il faut dire que, vu le nombre d’enfants abandonnés ou dépendants de la charité, on n’en était pas à une douzaine près.

L’affaire eût pu en rester là, si ,quelques années plus tard, la soeur Maria del Corason de Jésus, alors âgée de 88 ans, n’avait tenu, avant de remettre son âme au Seigneur, à l’en décharger d’un lourd secret. C’est ainsi qu’elle se confia,hors confession, à un certain père Ignacio, qui a soigneusement retranscrit ses propos dans ce qui devait être  à l’origine une lettre à destination de l’évêché .Lettre qui n’a jamais été expédiée et se trouve désormais dans les archives posthumes de J.Pouliquet. Comme nous le verrons dans la suite de notre enquête, la religieuse avait vraiment matière à se confier !

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