La Camocruse - 4e partie

La Camocruse 4e partie

Le précédent témoignage est particulièrement intéressant,même si du fait de la destruction d’une partie des archives durant la guerre civile espagnole, il manque certaines précisions : par exemple, dans le rapport de police, était il fait mention de la fameuse « marque du diable » ? On ne le saura jamais.

Par contre, pour notre enquêteur, il était difficile de passer à côté de similitudes avec d’autres manifestations surnaturelles bien connues : l’apparition à Knock, en Irlande, en 1879, de Marie, Joseph et saint Jean l’Evangeliste devant quatorze personnes. Scène d’un tel réalisme et d’une telle précision qu’il était possible de lire le livre tenu par saint Jean.

Et bien sûr les célèbres apparitions de Zeitoun, en Égypte, en 1968. Sur le toit d’une église copte, apparurent chaque semaine durant trois ans des images tridimensionnelles  de la Sainte Famille, qui ont été abondamment photographiées.  À la différence de Knock, où les personnages étaient statiques, ceux de Zeitoun saluaient la foule venue les contempler. Dans les deux cas, le caractère holographique des apparitions semble ne pas faire de doute. De telles images pourraient être suscitées par l’inconscient collectif, ou être la conséquence d’une foi quelque peu exacerbée. C’est l’hypothèse qu’émettent certains chercheurs tels que Grosso (The final choice).

Mais dans le cas qui nous intéresse, il y a une différence notable : le côté maléfique, pour ne pas dire diabolique de l’apparition. Pourtant, là non plus, il ne s’agit pas à proprement parler d’une exception : un père Jésuite, qui fut dans les années 60 en mission en Afrique noire, a rapporté à notre enquêteur des faits comparables. « Il m’est arrivé à plusieurs reprises « déclare le père Joseph D. » de recueillir de la part de certains de mes paroissiens le témoignage d’apparitions de la Vierge Marie. Avec d’autres pères missionnaires confrontés aux mêmes affirmations, nous avions élaboré un questionnaire permettant assez facilement de déterminer la nature du phénomène. Il s’agissait de questions très simples, en particulier sur l’aspect de l’apparition, et sur la teneur du message, si message il y avait. J’ai personnellement eu droit à des descriptions de Vierges entièrement vertes, ou rouges de la tête aux pieds. Leur aspect n’était nullement bienveillant, et leur message, lorsqu’il y en avait,  était pernicieux, contraire aux préceptes de l’Église, et souvent ordurier. Une seule fois, parmi les cas que j’ai eus à traiter, l’apparition à semblé conforme à ce que l’on est en droit d’attendre de la Mère de Dieu. À la question : de quelle couleur était cette dame ? l’enfant qui avait été témoin à répondu sans hésiter : Elle était Lumière. Quant au message, bref au demeurant, dont il se souvenait parfaitement, c’était un message de paix, et une exhortation à la prière, avec des mots qui n’appartenaient visiblement pas au vocabulaire de ce petit noir tout juste alphabétisé !  »

Autre détail que l’on relève dans la suite de l’entretien avec le père Joseph D. : »On nous amena un jour dans l’église, durant une veillée de prière, une femme que l’on disait possédée du démon. Quatre hommes la maintenaient avec difficulté. Tandis qu’elle vociférait et crachait des injures, je m’approchai d’elle et lui passai autour du cou mon grand chapelet de missionnaire. Il éclata instantanément avec un bruit sec et les grains furent projetés à travers toute l’église… »

La suite est hors de notre propos, mais ce détail du chapelet est significativement en rapport  avec le récit de la religieuse. Reste l’épisode de la lévitation. Nous ne dirons pas qu’il s’agit d’un fait banal. Mais c’est un phénomène assez répandu chez les mystiques. Parmi les plus connus figure évidemment sainte Thérèse d’Avila, qui, à partir de 1565, se mit à de nombreuses reprises à léviter, particulièrement au cours des offices. Cela se produisait contre son gré, et était loin de la satisfaire, car le fait de flotter ainsi au dessus de l’assemblée lui fit vivement reprocher son manque d’humilité !

Dans son livre inachevé, notre ami attaquait les derniers chapitres, où il comptait, à défaut de tirer des conclusions définitives, émettre des hypothèses pour expliquer au moins en partie le phénomène. C’est donc à partir de ses notes plus ou moins éparses que nous allons tenter de  conclure cette enquête.

Tout d’abord, il apparaît clairement que « la Camocruse » ne se manifeste qu’en des lieux où existait préalablement une tradition orale. Selon le même principe, on peut facilement constater qu’il y eut dans l’antiquité de nombreuses apparitions de dieux ou de déesses, qui accomplissaient par ailleurs toutes sortes de prodiges. Nombreux sont les cas de guérison attribués par exemple à la déesse Isis, qui n’était pas plus avare de manifestations que ne le fut par la suite la Vierge Marie. Les dieux, tous les dieux continuent à exister et à interagir avec leurs fidèles tant qu’il reste quelqu’un pour croire en eux. Plus la croyance, la foi diront certains, est répandue, plus l’égrégore qui peut se former est actif et puissant. Cette explication a d’ailleurs été avancée pour d’autres phénomènes, tels que les apparitions d’ovnis et d’extraterrestres, qui au 19ème siècle se manifestaient sous la forme de marins à bord de bateaux volants, qui jetaient l’ancre pour demander leur chemin à des témoins médusés. Ils se sont depuis modernisés, et les engins et leurs occupants sont désormais conformes à l’idée que l’on se fait de civilisations avancées.

Tous les cas recensés se sont produits dans des endroits isolés, en zone rurale. Comme nous l’approfondirons dans un prochain article sur la sorcellerie des campagnes, il y a  eu jusqu’à une époque récente une réelle influence des sorciers et des sorcières dans le milieu paysan. Concernant l’aire géographique de la présente étude, même si les jeteurs de sorts sont toujours actifs, les derniers cas figurant dans les notes de notre enquêteur et impliquant directement la Camocruse remontent au mois de mai 1910 à Sos et à Vianne en 1924 (les deux communes sont situées dans le Lot et Garonne). Tous les phénomènes dont nous avons parlé entrent plus ou moins facilement dans le cadre que nous venons de définir. Particulièrement celui qui fait l’objet de la relation la plus détaillée, même si d’aucuns ont prétendu que l’affaire eût pu s’expliquer différemment : la religieuse, au sortir du sommeil, découvre les enfants décédés (sous l’effet de la fameuse intoxication alimentaire). Sous le choc, elle perd connaissance et sa tête heurte le montant d’un lit. Tout le reste ne serait plus qu’un délire mystico-religieux, auquel elle (ou le père Ignacio)aurait adjoint la Camocruz…

Toutefois, il y a bien trop de cohérence et de points communs dans toutes les affaires répertoriées pour ne pas y voir la marque de quelque sorcellerie. En effet, pour quiconque est tant soit peu versé dans la goétie, il existe divers envoûtements de Haine dont l’efficacité a été démontrée.

L’un d’entre eux en particulier, qui a d’ailleurs son équivalent dans le Vaudou du Bénin, quand il est administré avec suffisamment de puissance, provoque chez l’adulte de terribles souffrances et des infirmités pouvant entraîner la mort. Ce qui est un effet quasi assuré sur des personnes de faible constitution, des enfants, et même des animaux, (comme dans le cas du chien, ou dans l’affaire de Vianne, de deux porcelets décédés en même temps qu’un enfant de cinq ans.)

Il est en général nécessaire pour atteindre la puissance la plus dévastatrice de conjuguer plusieurs forces. Celle du sorcier ou du magicien doit se nourrir d’un environnement favorable (Il faut entendre par là la haine, la jalousie, la cruauté, le désir de nuire à autrui, aussi communs sans doute dans les campagnes arriérées que dans certaines institutions religieuses, telles que l’orphelinat de Nostra Señora de las Angustias, où il est probable que la vie des enfants était tenue pour quantité négligeable, comme presque partout à cette époque). Ensuite il est indispensable de s’adjoindre l’appui de forces mauvaises. Il est à la portée d’un magiste quelque peu avancé de convoquer certaines entités prêtes à se mettre au service du Mal. N’entrons pas davantage dans les détails. Nous y reviendrons dans notre prochain article sur la sorcellerie des campagnes.

Pour l’heure, nous estimons avoir fait le point sur la question de la Camocruse, qui, sans l’intérêt et la persévérance d’un enquêteur trop tôt disparu, eût pu passer quasiment inaperçue.

1 Commentaire [ comments title ]

  1. Le père J. L. ,très en cour à l’Université dans les années 60 avait pris l’habitude de prendre des petits cafés noirs arrosés de quelques malheureuses gouttes de cognac à la terrasse d’un des bistrots de la place de la Sorbonne accompagné d’un groupe d’étudiantes en langues orientales qui le suivaient partout. Il s’asseyait toujours à la même place, de sorte qu’il pouvait prévoir exactement à quelle heure, quel que soit le jour, le soleil viendrait effleurer sa tasse qu’il posait toujours scrupuleusement au même endroit. Les jeunes filles avaient pris coutume de s’extasier de chacune de ses excentricités, devenant peu à peu hystériques au spectacle de ces étonnantes habitudes, si bien que certains étudiants en conçurent une forte animosité à l’égard du père J.L.
    C’est ainsi qu’ils décidèrent, à l’instigation d’un groupe de gauchistes, de monter un canular qui se transforma vite en cauchemar. A la base de cette farce, se trouvait un jeu de mots stupide, J.L. était un ancien père missionnaire qui avait autrefois courageusement dispensé la bonne parole dans les ruelles mal famées de Bangkok … si vous voulez lire la suite, dites le moi…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *